SLAM

 

 LE SLAM

 
Le Slam est arrivé de Chicago en France dans les années 9O. Ce mot bizarre veut simplement dire : poésie orale. C’est une poésie libre au sens réel du terme : libre de contraintes techniques, libre de circulation et donc de censure…
 
Le slam se proclame. Il se scande dans les lieux publics, les espaces, les cafés…
Au fond cette poésie orale est un simple retour aux sources. Nos troubadours, nos trouvères récitaient leurs poèmes devant les spectateurs. Longtemps l’écrit restera marginal et ne concernera que quelques érudits. Pour s’adresser à la population il faut parler. Lorsque arriva l’imprimerie et l’alphabétisation des peuples, cette oralité disparaîtra au profit de l’écriture. La poésie perdra de son importance et deviendra la chasse gardée des lettrés. Aujourd’hui le slam (ainsi que le RAP) remet au jour cette démocratie littéraire.
Contrairement à ce que certains esprits chagrins pensent, cette forme d’expression ne dévalorise pas les langues nationales bien au contraire car il s’agit d’un travail d’écriture et de versification. Cette versification qui est liée à notre tradition poétique caractérise le slam français. Mais attention, cette versification n’est pas celle des vaniteux qui étalent des rimes riches aux alexandrins. Elle n’a rien d’emphatique, seule la rime pour l’oreille a un sens. Le travail d’écriture, s’il utilise des mots de tous les jours, défend la langue en respectant la grammaire et l’orthographe. L’utilisation de mots simple permet là aussi à la poésie de retrouver ses sources démocratiques.
Désormais grâce au slam, la poésie appartient à tout un chacun et non plus réservée à une élite intellectuelle.
Les slameurs se produisent dans des scènes ouvertes à tous et toutes sans compétition entre les participants et ce dans une réelle mixité sociale.
 
DEROUTE
 
La Loire qui coule à mes pieds
Quelque part près des Ponts de Cé
Transporte un peu de ma mémoire
Charrie un peu de mon histoire.
Mais s’enfonce dans les sables mouvants
Mon destin de poète déclinant
Sur les rives ligériennes, je clame mes rimes
Personne n’entend ce que j’exprime
Ici comme ailleurs on écoute pas les fous
Même en Anjou !
Surtout quand ils sont trouvères
Alors je ramasse mes pauvres vers
Que j’enferme entre les pages
D’un carnet quadrillé devenu cage
Semblable à la fenêtre d’une prison
Aux épais murs de gris béton.
Tandis que le fleuve file son tortueux chemin
Sans se préoccuper de mes alexandrins
Une multitude d’ oiseaux crient plus fort que moi
Comme pour mieux couvrir ma voix !
L’un d’eux vient de me chier sur la tête
Le renégat de volatile, la sale bête.
La Loire insensible à ma déconvenue poursuit sa route
Je me sens de plus en plus en déroute
Une mouette vole au-dessus de moi et rigole
Rien ne va plus, je dégringole
Un chien me pisse dessus
Me voilà interpellant Jésus
Je tombe bien bas
Et rencontre Judas
Bizarre, ils se ressemblent tous deux
Miroir déformant, sauve-qui-peut
Iscariote va aux chiottes
Tandis que Jésus me chuchote
« laisse tomber tes vers et ta poésie
Sauf s’ils proclament l’anarchie
Lèves la tête et regardes-moi
J’en ai ras le bol d’être sur cette croix
Deux mille ans de calvaire
Et ces millions de faux-frères
Qui défilent sous ma nudité offerte aux regards
Parfois corrompus, ça me donne le cafard
Non ! Mon gars, tire-toi de cet enfer
Qu’est la poétique, l’alexandrin et les vers »
J’ai suivi les conseils du camarade Fils de l’homme
J’ai foutu le camp. Tous les chemins mènent à Rome
Et je me suis retrouvé dans les bas fonds de la capitale
C’était un soir de Bacchanales
Au bistrot des joyeux drilles
Vers la place de la Bastille
A chaque poème déclamé devant les spectateurs
Un verre de gros rouge pour apaiser le rimeur
Alors j’ai récité encore et encore
Jusqu’à plus soif, jusqu’à l’aurore
Au petit matin, rond comme un polonais
Sur le trottoir, titubant, pas très frais
J’ai pris un billet sans retour
Pour mon ultime parcours
A fond la caisse, le T.G.V filait sa route
Direction : station terminus : déroute.
Transporte un peu de ma mémoire
Charrie un peu de mon histoire.
Mais s’enfonce dans les sables mouvants
Mon destin de poète déclinant
Sur les rives ligériennes, je clame mes rimes
Personne n’entend ce que j’exprime
Ici comme ailleurs on écoute pas les fous
Même en Anjou !
Surtout quand ils sont trouvères
Alors je ramasse mes pauvres vers
Que j’enferme entre les pages
D’un carnet quadrillé devenu cage
Semblable à la fenêtre d’une prison
Aux épais murs de gris béton.
Tandis que le fleuve file son tortueux chemin
Sans se préoccuper de mes alexandrins
Une multitude d’ oiseaux crient plus fort que moi
Comme pour mieux couvrir ma voix !
L’un d’eux vient de me chier sur la tête
Le renégat de volatile, la sale bête.
La Loire insensible à ma déconvenue poursuit sa route
Je me sens de plus en plus en déroute
Une mouette vole au-dessus de moi et rigole
Rien ne va plus, je dégringole
Un chien me pisse dessus
Me voilà interpellant Jésus
Je tombe bien bas
Et rencontre Judas
Bizarre, ils se ressemblent tous deux
Miroir déformant, sauve-qui-peut
Iscariote va aux chiottes
Tandis que Jésus me chuchote
« laisse tomber tes vers et ta poésie
Sauf s’ils proclament l’anarchie
Lèves la tête et regardes-moi
J’en ai ras le bol d’être sur cette croix
Deux mille ans de calvaire
Et ces millions de faux-frères
Qui défilent sous ma nudité offerte aux regards
Parfois corrompus, ça me donne le cafard
Non ! Mon gars, tire-toi de cet enfer
Qu’est la poétique, l’alexandrin et les vers »
J’ai suivi les conseils du camarade Fils de l’homme
J’ai foutu le camp. Tous les chemins mènent à Rome
Et je me suis retrouvé dans les bas fonds de la capitale
C’était un soir de Bacchanales
Au bistrot des joyeux drilles
Vers la place de la Bastille
A chaque poème déclamé devant les spectateurs
Un verre de gros rouge pour apaiser le rimeur
Alors j’ai récité encore et encore
Jusqu’à plus soif, jusqu’à l’aurore
Au petit matin, rond comme un polonais
Sur le trottoir, titubant, pas très frais
J’ai pris un billet sans retour
Pour mon ultime parcours
A fond la caisse, le T.G.V filait sa route
Direction : station terminus : déroute.

   

 

PERDITION
 
J’ai perdu ma route
À gauche
À droite
Au centre
Plus rien ne va
C’est la déroute
Je doute
Redoute
J’écoute
J’ai peur
Des casseurs
Des sabreurs
Dans la zone urbaine
Règne la haine
J’entends des cris
Je vois des rangées de treillis
Les murs des prisons
Et des fils barbelés pour horizon
Les visages
Sont en cage
Chacun s’observe
Indigènes dans une réserve.
Nique
La République
Arrive les temps de désarroi
D’incertitude et d’effroi

 

 MA HAINE 

 

Avec ma pension
Dérisoire
Dans un appartement
Minable
D’une banlieue grisaille
À ma fenêtre
Je regarde
La vie s’écouler.
De la télé
Au fauteuil
Je compte les heures
Comme les euros qui me restent
Pour finir la journée
Et acheter
Ma bouteille de rouge
Qui va calmer
Ma haine !

   

 

VENT MAUVAIS
 
Verlaine avec ton vent mauvais
Tu m’a filer le bourdon, tu m’effraies
J’ai le cœur en déroute
Je ne sais plus où est ma route
Je doute
Et ce con de Baudelaire
Sans en avoir l’air
A réveiller ma déprime
O ! poètes des siècles passés que vous êtes cruels
Avec vos mots qui résonnent aujourd’hui si réels
Vos vers sont toujours d’actualités, prophètes
Regardez le monde ou je vis il n’a ni queue ni tête
Les pauvres s’appauvrissent
Les riches s’enrichissent
Et les partisans de l’exclusion prospèrent
Sous l’emprise de la télé somnifère
Oui Mirabeau sous les ponts de la Seine
Coulent le racisme et la haine
En ce siècle d’obscurantisme
Les poètes se vendent au capitalisme
La rime, se brade, se monnaie
Les rimeurs deviennent laquais
Les chantres ne rêvent plus de la Grande Ourse
Mais de la courbe montante de la Bourse
La littérature de sa médiocrité agonise
Et le roman devient une vulgaire marchandise
À l’étal des supermarchés trépasse l’écriture
Dans la compromission et l’imposture
Aragon à perdu son Elsa
Elle propose désormais ses appas
Sur le trottoir de la rue Saint Denis
Pas de petits profits
On vend son sang, on vend son cul
Recherche du gain, de la plus-value
Moi qui donne mes vers comme un offre bouquet de jonquilles
Lors des premiers rayons du printemps aux filles
Je passe pour un je ne sais quoi
Une sorte d’ incongru sans foi ni loi
Mondialisation
Marchandisation
Je subis le marchandage
Pris en otage
Par le pognon
Je cris mort aux cons

 

FIN DE RANDONNEE
 
La randonnée se termine
Toi tu commences à faire grise mine
On s’embrasse et à bientôt
Pour la prochaine rando
Tu retournes vers la maison
Ou tu te retrouves comme un con
Seul entre quatre murs blafards
Qui vont te transmettre le cafard
T’as cru au Père Noël mon gars
Alors tu rumines sur le sofa
Un verre d’apéro pour calmer ton cœur
D’une fictive mais rassurante chaleur
La distraction est terminée
Ce soir tu parleras à ta télé !
Après le vin partagé au pique-nique
C’est un dialogue avec le tube cathodique !
Tu vois ton sac à dos vide, posé sur le sol
Alors un peu amer tu bois le verre d’alcool
Tes chaussures de marche sont sales
Tu entres dans une angoissante spirale
Qui conduit à l’insomnie
Tu revois la journée et tu souris
Les compagnons qui suivent le chemin
Dans l’épaisse forêt de sapins
Tu entends les rires qui fusent hauts
Puis le silence s’installe, à nouveau
Entre songe et réalité
Étendu sur ton canapé
La nuit sera longue avant l’aurore
Que tu verras percer derrière les stores

 

 

d'autres textes SLAM sont sur le site : http://ecritures.blog4ever.com/blog/index-217188.html

 

 

 

 

Dernière mise à jour de cette page le 16/06/2008

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